Droit social en pratique

Congé de maternité au Sénégal : 18 semaines selon le nouveau Code du travail 2026

Le nouveau Code du travail sénégalais marque une évolution importante de la protection de la maternité. Désormais, le congé de maternité est porté à 18 semaines consécutives, dont 12 semaines après l’accouchement.
Cette réforme résulte de la loi n° 2026-18 du 3 septembre 2026 portant Code du travail, notamment de son article 277. Le nouveau dispositif renforce également la protection de la salariée enceinte contre la discrimination, le licenciement et les travaux incompatibles avec son état.
Pour les DRH, responsables RH, employeurs et salariées, il est donc essentiel de maîtriser les nouvelles règles applicables à la maternité à compter de l’entrée en vigueur du nouveau Code.
Sommaire
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    1. Quelle est la durée du congé de maternité au Sénégal en 2026 ?

    Une durée portée à 18 semaines
    L’article 277 du nouveau Code du travail prévoit que toute femme a le droit, à l’occasion de son accouchement, de suspendre son contrat de travail pendant :
    ➡️ 18 semaines consécutives ;
    dont :
    ➡️ 12 semaines postérieures à l’accouchement.
    La réforme augmente ainsi sensiblement la durée du congé de maternité par rapport à l’ancien régime, qui prévoyait 14 semaines, dont 8 semaines après l’accouchement.

    Le nouveau régime s’applique aux relations de travail entrant dans le champ du Code du travail. Celui-ci s’applique notamment aux contrats exécutés au Sénégal, sous réserve des exclu-sions prévues par l’article 2.

    Répartition du congé
    PériodeDurée
    Congé de maternité total18 semaines
    Période postnatale minimale prévue par l’article 27712 semaines
    Période restant avant l’accouchement dans le schéma normal6 semaines
    Le texte raisonne toutefois en termes de 18 semaines consécutives, et prévoit des règles parti-culières lorsque l’accouchement intervient avant ou après la date présumée.

    2 - Que se passe-t-il lorsque l'accouchement intervient avant la date prévue ?

    Le nouveau Code apporte une précision importante.
    Lorsque l’accouchement intervient avant la date présumée, la durée du congé postnatal est prolongée d’un nombre de jours correspondant à la période comprise entre la date effective de l’accouchement et la date présumée.
    Autrement dit, la travailleuse ne doit pas perdre la période de repos liée à l’anticipation de l’ac-couchement.
    À l’inverse, lorsque l’accouchement intervient après la date présumée, cette situation est sans incidence sur la durée du congé postnatal prévue par le Code.
    Exemple pratique
    Une salariée devait accoucher le 20 décembre, mais accouche finalement le 10 décembre. La période comprise entre le 10 et le 20 décembre ne vient pas réduire la protection postnatale prévue par l’article 277.
    ➡️ Le congé postnatal est prolongé du nombre de jours correspondant à cette anticipa-tion.

    3 - Le congé de maternité peut-il être prolongé ?

    Oui.

    L’article 277 permet une prolongation de trois semaines dans plusieurs situations.

    La prolongation peut notamment intervenir en cas :

    • De maladie dûment constatée résultant de la grossesse ou des couches ;
    • De complications liées à l’accouchement ;
    • De grossesse multiple ;
    • De causes intéressant la santé de l’enfant

    Ainsi, le congé peut, dans les situations prévues par le texte, atteindre :
    18 semaines + 3 semaines = 21 semaines.
    La prolongation n’est toutefois pas automatique dans toutes les situations : elle doit être justifiée par l’un des motifs prévus par l’article 277 et, notamment, par une constatation médicale lorsque celle-ci est requise.

    4 - L'employeur peut-il licencier une salariée pendant son congé de maternité ?

    Non.
    L’article 277 apporte une protection particulièrement claire.

    ➡️ l’employeur ne peut pas licencier la femme salariée ;
    ➡️ tout licenciement prononcé pendant cette période est nul et de nul effet ;
    ➡️ l’employeur ne peut pas utiliser les services de la salariée pendant son congé de ma-ternité

    Le Code précise également que toute convention contraire à ces dispositions est nulle de plein droit. Cette protection doit être distinguée de la protection plus générale de la femme enceinte pré-vue à l’article 275.

    5 - La grossesse peut-elle justifier un refus d'embauche ou une rupture du contrat ?

    Non.

    L’article 275 du nouveau Code du travail interdit toute discrimination liée à la grossesse.
    L’employeur ne peut notamment pas prendre en considération l’état de grossesse d’une femme pour :

    • Refuser de l’embaucher ;
    • Rompre son contrat de travail ;
    • Y compris pendant la période d’essai ;
    • Prononcer une mutation d’emploi, sauf dans les situations particulières prévues par le texte

    Il lui est également interdit de rechercher ou de faire rechercher des informations relatives à l’état de grossesse de l’intéressée.
    Conséquence pratique pour les RH
    Une entreprise ne devrait donc pas demander systématiquement à une candidate si elle est enceinte ou prévoir une condition d’embauche liée à l’absence de grossesse.
    Les processus de recrutement, les entretiens et les documents RH doivent être conçus de ma-nière à respecter cette protection.

    6 - La salariée enceinte a-t-elle droit à des absences pour examens médicaux ?

    Oui.

    L’article 276 du Code du travail prévoit que la femme enceinte bénéficie d’une autorisation d’absence pour se rendre aux examens médicaux obligatoires.

    Ces absences :
    ➡️ sont considérées comme du temps de travail ;
    ➡️ sont rémunérées comme tel.
    L’employeur doit donc intégrer ces absences dans la gestion normale du temps de travail et ne peut pas les traiter comme des absences injustifiées ou comme des congés sans solde.

    7 -Que prévoit le Code pour les travaux dangereux ou incompatibles avec la gros-sesse ?

    L’article 279 protège la femme enceinte contre les travaux susceptibles de compromettre sa santé.

    Il est interdit de l’employer à des travaux :

    • excédant ses forces ;
    • présentant des risques ;
    • ou susceptibles, compte tenu de leur nature et des conditions dans lesquelles ils sont effectués, de porter atteinte à sa moralité 

    L’inspecteur du travail et de la sécurité sociale peut requérir l’examen médical de la salariée afin de vérifier si son travail est compatible avec son état.
    Lorsque le poste n’est pas compatible avec la grossesse, la salariée doit être mutée, après avis médical, vers un emploi compatible.

    ➡️ Cette mutation ne peut entraîner aucune réduction de rémunération, même si le nou-veau poste est inférieur au poste habituellement occupé.

    Si aucune mutation n’est possible, le contrat est suspendu. Pendant cette suspension, la salariée bénéficie du versement par l’employeur d’une allocation équivalente à la totalité de son salaire habituel, avec maintien de son ancienneté.

    8 - Quelle protection existe après le congé de maternité ?

    Le nouveau Code renforce également la protection liée à l’allaitement.

    L’article 280 prévoit qu’à la fin du congé de maternité, la mère bénéficie, pendant une période de 20 mois, de repos journaliers pour allaitement.

    La durée totale de ces repos ne peut dépasser :
    ➡️ une heure par journée de travail et par nourrisson. Ces périodes sont considérées comme du temps de travail et rémunérées comme tel.
    Le même article interdit à l’employeur de licencier la femme pendant cette période pour des motifs liés à la grossesse, à la naissance de l’enfant, à ses suites ou à l’allaitement.

    9 - La salariée enceinte peut-elle démissionner sans préavis ?

    Oui.

    L’article 278 du nouveau Code du travail prévoit que toute femme enceinte dont l’état a été médicalement constaté ou dont la grossesse est apparente peut démissionner :

    • sans préavis ;
    • sans payer d’indemnité de rupture ;
    • sans dommages-intérêts

    Cette disposition constitue une protection particulière accordée à la travailleuse enceinte.

    10 - Que prévoit le nouveau Code de la sécurité sociale ?

    Le congé de maternité doit être distingué des prestations sociales liées à la maternité.

    La loi n° 2026-19 du 3 septembre 2026 portant Code de la sécurité sociale complète le dis-positif.

    Son article 199 prévoit notamment parmi les prestations en espèces :

    • les allocations prénatales ;
    • les allocations de maternité ;
    • les allocations familiales ;
    • les indemnités journalières de congé de maternité

    Surtout, l’article 202 dispose que la femme salariée enceinte a droit, pendant la durée de son congé de maternité prévue par le Code du travail, à des indemnités journalières.

    Le nouveau Code de la sécurité sociale précise donc le volet de protection sociale et d’indemnisation, tandis que le Code du travail fixe principalement les règles relatives à la sus-pension du contrat et à la protection de l’emploi.

    11- Le congé de maternité est-il assimilé à une rupture du contrat ?

    Non.

    Le congé de maternité entraîne une suspension du contrat de travail, et non sa rupture.

    L’article 277 précise expressément que l’interruption de service liée au congé de maternité ne peut être considérée comme une cause de rupture du contrat.

    Le contrat continue donc juridiquement d’exister pendant la période de congé.
    Pour l’employeur
    Le service RH doit donc traiter la salariée comme une travailleuse dont le contrat est temporai-rement suspendu, et non comme une salariée ayant quitté l’entreprise.

    12 - Quelles sont les principales obligations de l'employeur ?

    Pour une bonne gestion RH, l’employeur doit notamment :
    ➡️ respecter les 18 semaines de congé de maternité ;
    ➡️ garantir les 12 semaines postérieures à l’accouchement prévues par l’article 277 ;
    ➡️ ne pas employer la salariée pendant son congé ;
    ➡️ ne pas la licencier pendant cette période ;
    ➡️ traiter comme temps de travail rémunéré les absences pour examens médicaux obli-gatoires ;
    ➡️ ne pas pratiquer de discrimination liée à la grossesse ;
    ➡️ adapter ou modifier temporairement le poste lorsque les conditions de travail présen-tent un risque pour la femme enceinte ;
    ➡️ maintenir la rémunération lorsque les conditions de l’article 279 entraînent une muta-tion ou une suspension pour impossibilité de reclassement ;
    ➡️ organiser le retour de la salariée dans l’entreprise à l’issue du congé ;
    ➡️ respecter les droits liés à l’allaitement pendant les 20 mois prévus par l’article 280.

    13. Points de vigilance pour les DRH et responsables RH

    La réforme de 2026 appelle une mise à jour des pratiques RH.

     Mettre à jour les procédures internes

    Les procédures relatives aux congés doivent intégrer la nouvelle durée de 18 semaines.
    Mettre à jour les logiciels RH
    Les paramétrages des absences et des congés maternité doivent être adaptés au nouveau régime.
    Vérifier les modèles de décisions RH
    Les décisions de mise en congé de maternité, courriers et formulaires internes doivent faire référence au nouveau régime juridique.
    Informer les responsables hiérarchiques
    Les managers doivent être sensibilisés à l’interdiction d’utiliser les services de la salariée pen-dant le congé.
    Sécuriser le retour de congé
    Le retour de la salariée doit être organisé sans discrimination ni mesure défavorable liée à la maternité.
    Vérifier les conventions collectives
    Les conventions collectives et accords collectifs peuvent prévoir des dispositions plus favo-rables aux travailleurs. Le nouveau Code rappelle d’ailleurs qu’une convention collective peut contenir des stipulations plus favorables, sans pouvoir déroger aux dispositions d’ordre public.

    14 - Exemple pratique

    Situation
    Une salariée d’une entreprise sénégalaise informe son employeur de sa grossesse et présente les justificatifs médicaux nécessaires.
    Son accouchement est initialement prévu le 15 décembre 2026.

    Elle commence son congé de maternité conformément aux règles applicables et accouche finalement le 5 décembre 2026.

    Application du Code

    Le congé de maternité est de 18 semaines consécutives, dont 12 semaines après l’accouchement.

    Comme l’accouchement intervient avant la date présumée, l‘article 277 prévoit une prolonga-tion du congé postnatal correspondant au nombre de jours compris entre la date effective de l’accouchement et la date présumée.

    Pendant toute la période de congé :

    ➡️ l’employeur ne peut pas utiliser les services de la salariée ;
    ➡️ il ne peut pas la licencier ;
    ➡️ le contrat reste suspendu et n’est pas rompu ;
    ➡️ la salariée bénéficie du régime d’assistance et des prestations prévues par la réglemen-tation de sécurité sociale

    À l’issue du congé, elle peut également bénéficier des repos d’allaitement prévus par l’article 280.

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    15 - Ce qu'il faut retenir

    ➡️ Le congé de maternité est désormais de 18 semaines au Sénégal.
    ➡️ 12 semaines sont prévues après l’accouchement.
    ➡️ Le congé peut être prolongé de 3 semaines dans les situations prévues par l’article 277.
    ➡️ Un accouchement prématuré entraîne une prolongation du congé postnatal corres-pondant à la période d’anticipation.
    ➡️ L’employeur ne peut pas licencier la salariée pendant le congé de maternité.
    ➡️ Il est interdit d’employer la salariée pendant son congé de maternité.
    ➡️ Les examens médicaux obligatoires donnent droit à des absences rémunérées.
    ➡️ La grossesse ne peut justifier un refus d’embauche, une rupture du contrat ou une discrimination.
    ➡️ La salariée enceinte peut, dans les conditions de l’article 278, démissionner sans préa-vis.
    ➡️ La protection contre les travaux dangereux ou incompatibles avec la grossesse est renforcée.
    ➡️ Après le congé, la mère bénéficie de repos d’allaitement pendant 20 mois, dans la li-mite d’une heure par journée de travail et par nourrisson.
    ➡️ Le Code de la sécurité sociale prévoit des indemnités journalières pendant la durée du congé de maternité.

    Références juridiques principales

    1- Code du travail
    – Loi n° 2026-18 du 3 septembre 2026 portant Code du travail

    • Article 2 : champ d’application du Code ;
    • Article 9 : égalité professionnelle et égalité de traitement ;
    • Article 10 : interdiction de la discrimination ;
    • Article 274 : repos journalier des femmes enceintes ;
    • Article 275 : interdiction de toute discrimination liée à la grossesse ;
    • Article 276 : autorisation d’absence pour examens médicaux obligatoires ;
    • Article 277 : congé de maternité de 18 semaines ;
    • Article 278 : droit de démission sans préavis de la femme enceinte ;
    • Article 279 : travaux interdits aux femmes enceintes ;
    • Article 280 : repos journalier pour allaitement

    2- Code de la sécurité sociale

    – Loi n° 2026-19 du 3 septembre 2026 portant Code de la sécurité sociale

    • Article 199 : prestations en espèces, notamment les indemnités journalières de congé de maternité ;
    • Article 200 : allocations prénatales ;
    • Article 201 : allocations de maternité ;
    • Article 202 : indemnités journalières de congé de maternité ;
    • Article 205 et suivants : prestations en nature et action sanitaire, sociale et familiale

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