Un salarié commet une faute professionnelle : absence injustifiée, retard répété, insubordination, non-respect des consignes de sécurité, abandon de poste, comportement fautif, négligence professionnelle…
Que doit faire l’employeur ? Peut-il sanctionner immédiatement le salarié ? Faut-il obligatoirement demander des explications ? Comment éviter qu’une sanction disciplinaire soit contestée ?
Cette fiche présente, de manière pratique, les principales étapes à respecter pour conduire une procédure disciplinaire sécurisée.
La procédure disciplinaire commence par l’identification d’un fait susceptible de constituer une faute professionnelle.
– d’une absence injustifiée ;
– du non-respect des horaires de travail ;
– du non-respect des horaires de travail ;
– d’une insubordination ;
– du non-respect des règles de sécurité ;
– d’une négligence professionnelle ;
– d’un abandon de poste ;
– d’une dégradation volontaire ou fautive du matériel ;
– de violences ou de menaces sur le lieu de travail ;
– d’un comportement portant atteinte au bon fonctionnement de l’entreprise ;
– du non-respect d’une disposition du règlement intérieur.
L’employeur ne doit pas sanctionner un salarié sur la base d’une simple rumeur ou d’une accusation non vérifiée.
➡️ rapport du supérieur hiérarchique ;
➡️ documents professionnels ;
➡️ courriers ou courriels ;
➡️ éléments matériels disponibles.
Avant d’engager une procédure disciplinaire, le responsable RH doit vérifier :
La loi n°92/007 du 14 août 1992 portant Code du travail constitue le socle légal de la relation de travail au Cameroun.
2️⃣ Le règlement intérieur
Le règlement intérieur peut notamment fixer les règles relatives à l’organisation du travail et à la procédure disciplinaire. L’article 29 du Code du travail encadre précisément son contenu.
– la règle qui aurait été violée ;
– les sanctions applicables ;
– l’autorité compétente pour prononcer la sanction.
3️⃣ La convention collective applicable
Une convention collective applicable à l’entreprise ou au secteur peut également contenir des dispositions particulières concernant la discipline.
4️⃣ Le contrat de travail
Certaines obligations peuvent également découler du contrat de travail du salarié.
L’employeur doit ensuite vérifier précisément :
– les personnes concernées ;
– les obligations professionnelles qui auraient été violées ;
– les conséquences éventuelles du comportement ;
– les éléments permettant d’établir la responsabilité du salarié.
Un salarié est accusé d’avoir quitté son poste sans autorisation.
Le responsable RH ne devrait pas immédiatement conclure à un abandon de poste. Il doit vérifier :
➡️ l’heure à laquelle le salarié a quitté son poste ;
➡️ s’il avait obtenu une autorisation ;
➡️ auprès de qui cette autorisation aurait été obtenue ;
➡️ les éventuelles circonstances justifiant son départ.
Cette étape est essentielle dans une procédure disciplinaire sérieuse.
Le salarié doit pouvoir présenter sa version des faits avant que l’employeur ne prenne sa décision
En pratique, l’entreprise peut adresser au salarié une demande d’explications écrite. La demande doit présenter clairement :
– la date ou période concernée ;
– les circonstances connues ;
– la règle professionnelle éventuellement violée ;
– la demande faite au salarié de fournir ses explications.
Objet : Demande d’explications
« Il vous est reproché d’avoir quitté votre poste de travail le [date] à [heure], sans autorisation préalable de votre supérieur hiérarchique.
Nous vous prions de bien vouloir nous fournir vos explications écrites sur ces faits. »
Évitez dans la demande d’explications de présenter la culpabilité du salarié comme déjà établie.
✅ « Il vous est reproché d’avoir quitté votre poste… Nous vous invitons à nous faire connaître vos explications. »
❌ « Vous avez commis une faute grave en quittant votre poste… »
La réponse du salarié doit être examinée avec sérieux.
Le responsable RH doit notamment se demander :
– Les explications sont-elles convaincantes ?
– Les faits sont-ils réellement établis ?
– Existe-t-il une justification valable ?
– Le salarié reconnaît-il les faits ?
– Existe-t-il des circonstances atténuantes ?
– S’agit-il d’une première faute ou d’une récidive ?
Cette étape est importante car les explications peuvent :
➡️ révéler une erreur de l’employeur ;
➡️ démontrer que le salarié disposait d’une justification ;
➡️ révéler des circonstances particulières.
Toutes les fautes ne justifient pas la même sanction.
Il convient notamment de prendre en compte :
– la nature du manquement ;
– ses conséquences pour l’entreprise ;
– le poste occupé par le salarié ;
– son comportement antérieur ;
– l’existence ou non de sanctions précédentes ;
– la répétition éventuelle des faits ;
– les circonstances dans lesquelles les faits ont été commis.
Un retard exceptionnel de quelques minutes ne doit pas nécessairement être traité de la même manière qu’une absence injustifiée répétée ou qu’une violation grave des règles de sécurité.
La sanction doit être individualisée.
Après examen des faits et des explications du salarié, l’employeur peut décider :
Si les explications sont satisfaisantes ou si les faits ne sont pas suffisamment établis.
🟡 Une sanction disciplinaire
Lorsque le manquement est établi et justifie une sanction conformément aux règles applicables.
➡️ avoir une durée maximale de 8 jours ouvrables ;
➡️ être déterminée au moment où elle est prononcée ;
➡️ être notifiée au travailleur par écrit ;
➡️ indiquer les motifs de la sanction ;
➡️ être communiquée à l’inspecteur du travail du ressort dans les 48 heures.
Le non-respect de ces conditions peut entraîner la nullité de la mise à pied.
L’employeur ne peut pas utiliser la mise à pied comme une simple mesure informelle de suspension du salarié.
La procédure et les formalités doivent être respectées.
Lorsque la sanction est décidée, elle doit être formalisée.
La notification doit permettre au salarié de comprendre :
– les éléments ayant conduit à la décision ;
– la sanction prononcée ;
– la date de prise d’effet ;
– les éventuelles conséquences de la sanction.
Objet : Notification d’une sanction disciplinaire
À la suite des faits constatés le [date] et de votre demande d’explications du [date], ainsi que de votre réponse reçue le [date], nous avons examiné les circonstances de l’incident.
Après examen de vos explications, les faits suivants sont retenus : […]
En conséquence, nous vous notifions la sanction disciplinaire suivante : […]
Cette sanction prend effet à compter du […]
Nous vous invitons à veiller au strict respect des règles et obligations professionnelles applicables au sein de l’entreprise.
Le service RH doit conserver dans le dossier du salarié les documents permettant de retracer la procédure.
📁 Le dossier peut notamment comprendre :
– le rapport d’incident ;
– les pièces justificatives ;
– la demande d’explications ;
– la réponse du salarié ;
– les éventuels témoignages ;
– la décision disciplinaire ;
– la preuve de notification ;
– les formalités effectuées auprès de l’inspection du travail lorsqu’elles sont requises
Parce qu’en cas de contestation, l’entreprise doit être capable de démontrer la réalité des faits et la régularité de la procédure suivie.
Le Code du travail camerounais prévoit notamment que, dans un licenciement, l’employeur doit apporter la preuve du caractère légitime du motif qu’il invoque.
Le Code précise également qu’une rupture du CDI peut intervenir sans préavis en cas de faute lourde, sous réserve de l’appréciation de la juridiction compétente sur la gravité de cette faute.
La qualification de la faute et les circonstances de la rupture doivent être examinées avec beaucoup de prudence.
Une vigilance particulière est nécessaire lorsque le salarié concerné est un délégué du personnel bénéficiant de la protection légale.
L’article 130 du Code du travail prévoit que le licenciement d’un délégué du personnel, titulaire ou suppléant, est soumis à l’autorisation préalable de l’inspecteur du travail du ressort.
Le Code prévoit également des règles particulières en cas de faute lourde et de suspension provisoire dans l’attente de la décision de l’inspecteur.
Collecte des éléments de preuve
Vérification du règlement intérieur / convention collective
Demande d’explications au salarié
Appréciation de la gravité de la faute
Choix de la réponse appropriée
Notification écrite de la décision
Accomplissement des formalités particulières
Classement du dossier disciplinaire
❌ 1. Sanctionner immédiatement sans vérifier les faits
Une accusation n’est pas nécessairement une faute établie.
❌ 2. Refuser d’entendre les explications du salarié
Le salarié doit pouvoir présenter sa version des faits.
❌ 3. Sanctionner deux fois le même fait
Une même faute ne doit pas servir de fondement à une succession de sanctions disciplinaires.
❌ 4. Infliger une amende disciplinaire
L’article 30 du Code du travail interdit à l’employeur d’infliger des amendes.
❌ 5. Prononcer une mise à pied verbalement
La mise à pied disciplinaire est soumise à des conditions écrites précises.
❌ 6. Dépasser 8 jours ouvrables de mise à pied
La durée maximale prévue par l’article 30 est de huit jours ouvrables.
❌ 7. Oublier la communication à l’inspecteur du travail
Pour la mise à pied disciplinaire, cette formalité doit être accomplie dans les 48 heures.
❌ 8. Utiliser une sanction prévue nulle part
La sanction doit être compatible avec le Code du travail et les règles applicables à l’entreprise.
❌ 9. Confondre faute professionnelle et insuffisance professionnelle
Une mauvaise performance n’est pas automatiquement une faute disciplinaire.
❌ 10. Négliger la conservation des preuves
Avant de prononcer une sanction, vérifiez :
☐ Les faits sont-ils précisément établis ?
☐ Les preuves sont-elles disponibles ?
☐ Le salarié a-t-il été invité à présenter ses explications ?
☐ Ses explications ont-elles été réellement examinées ?
☐ Le règlement intérieur a-t-il été vérifié ?
☐ La convention collective applicable a-t-elle été vérifiée ?
☐ La sanction est-elle proportionnée à la faute ?
☐ L’autorité qui prononce la sanction est-elle compétente ?
☐ La décision est-elle correctement motivée ?
☐ La notification est-elle faite par écrit ?
☐ Les formalités particulières ont-elles été respectées ?
☐ Les pièces ont-elles été classées dans le dossier disciplinaire ?
Un agent de production quitte son poste pendant plusieurs heures sans autorisation.
Le chef d’équipe signale immédiatement l’incident au service RH.
Le responsable RH convoque le salarié et lui annonce immédiatement :
« Vous êtes mis à pied pendant cinq jours pour abandon de poste. »
Cette méthode est risquée car l’employeur n’a pas préalablement recueilli les explications du salarié.
1. vérifie les horaires et les circonstances de l’absence ;
2. recueille le rapport du supérieur hiérarchique ;
3. demande au salarié de fournir ses explications ;
5. vérifie le règlement intérieur ;
6. apprécie la gravité du comportement ;
7. détermine la sanction appropriée ;
8. formalise et notifie la décision ;
9. accomplit les formalités exigées lorsque la sanction prononcée le nécessite.
La procédure disciplinaire implique généralement plusieurs acteurs :
👔 Le supérieur hiérarchique
Il constate ou signale le manquement et fournit les informations nécessaires.
Il sécurise la procédure, vérifie les règles applicables, analyse le dossier et prépare les actes nécessaires.
Elle exerce le pouvoir disciplinaire selon l’organisation et les délégations de pouvoir de l’entreprise.
Elle intervient notamment dans les formalités prévues par la législation, et peut être saisie dans le cadre des différends individuels du travail.
En cas de contestation, le juge peut notamment apprécier la réalité et la gravité des faits ainsi que les conséquences juridiques de la rupture ou de la sanction.
➡️ Une procédure disciplinaire ne doit jamais être improvisée.
➡️ L’employeur doit d’abord vérifier la réalité des faits.
➡️ Le salarié doit pouvoir présenter ses explications avant la décision disciplinaire.
➡️ Le règlement intérieur constitue un document essentiel pour encadrer la discipline dans l’entreprise.
➡️ La sanction doit être adaptée à la gravité du manquement.
➡️ Les amendes disciplinaires sont interdites par le Code du travail camerounais.
➡️ La mise à pied disciplinaire est strictement encadrée : maximum 8 jours ouvrables, notification écrite motivée et communication à l’inspecteur du travail dans les 48 heures.
➡️ La procédure doit être documentée de bout en bout.
➡️ Une erreur de procédure peut fragiliser la position de l’employeur en cas de contestation.
– Loi n°92/007 du 14 août 1992 portant Code du travail camerounais, notamment les articles 29 et 30 relatifs au règlement intérieur et à la mise à pied disciplinaire.
– Article 36 du Code du travail, relatif notamment à la rupture du contrat sans préavis en cas de faute lourde, sous réserve de l’appréciation de la juridiction compétente.
– Règlement intérieur de l’entreprise.
– Convention collective applicable au salarié.