Droit social en pratique

🇨🇲 Le SMIG au Cameroun : montant, règles de fixation et obligations de l’employeur

Vous êtes employeur, responsable des ressources humaines, salarié ou étudiant en droit et vous souhaitez connaître le salaire minimum légal applicable au Cameroun ?
La question est importante, car le salaire constitue l’une des principales obligations de l’employeur dans le cadre du contrat de travail.
Au Cameroun, le Salaire Minimum Interprofessionnel Garanti (SMIG) correspond au seuil minimal de rémunération fixé par les pouvoirs publics pour les travailleurs entrant dans son champ d’application. Il vise notamment à garantir une rémunération minimale et à encadrer la fixation des salaires dans les relations de travail.
Toutefois, connaître le SMIG ne consiste pas simplement à retenir un montant en francs CFA. Il faut également déterminer les travailleurs concernés, identifier les textes applicables, distinguer le salaire de base des autres éléments de rémunération et vérifier si une convention collective prévoit des minima plus favorables.
Dans cette fiche, nous répondons aux principales questions que peuvent se poser les professionnels des ressources humaines, les employeurs et les salariés.
Sommaire
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    1 - Que signifie exactement le SMIG ?

    Le SMIG signifie Salaire Minimum Interprofessionnel Garanti.

    Il s’agit d’un seuil minimal de rémunération fixé par les pouvoirs publics pour les travailleurs concernés par la réglementation applicable.
    Concrètement, un employeur ne peut pas fixer librement le salaire d’un travailleur en ignorant les minima légaux applicables à son emploi.
    Cette obligation doit être examinée en tenant compte :

    – du montant du SMIG applicable à la catégorie de travailleurs concernée ;
    – de la durée du travail et des conditions d’emploi ;
    – de la convention collective éventuellement applicable ;
    – de la classification professionnelle du salarié ;
    – des dispositions particulières pouvant régir certaines catégories de travailleurs.

    Exemple pratique

    Une entreprise industrielle recrute un agent d’exécution. Le responsable RH ne doit pas déterminer son salaire uniquement en fonction des contraintes budgétaires de l’entreprise.
    Il doit vérifier le minimum légal applicable, la catégorie professionnelle du salarié et les éventuels minima prévus par la convention collective de l’industrie concernée.
    Si le minimum conventionnel applicable est supérieur au SMIG, le salaire doit respecter ce minimum conventionnel.

    2 - Quels sont les textes juridiques qui encadrent le SMIG au Cameroun ?

    La réglementation du SMIG repose principalement sur le Code du travail et les textes réglementaires fixant ou précisant les minima salariaux.

    a) La loi n° 92/007 du 14 août 1992 portant Code du travail

    Le Code du travail constitue le texte législatif de référence en matière de relations individuelles et collectives de travail au Cameroun.

    Son article 1er définit notamment le travailleur comme une personne qui s’engage à mettre son activité professionnelle au service d’une autre personne, sous la direction et l’autorité de celle-ci, moyennant rémunération.

    Cette disposition permet d’identifier les relations de travail relevant du Code, sous réserve des exclusions expressément prévues par la loi.
    Le Titre IV du Code du travail, consacré au salaire, constitue la partie essentielle à consulter pour comprendre les règles applicables à la rémunération.
    Il convient notamment de se reporter aux dispositions relatives à la détermination du salaire, au paiement de la rémunération et à la protection du salarié contre certaines pratiques portant atteinte à ses droits salariaux.

    À retenir : le Code du travail fixe le cadre légal général. Le montant du SMIG doit, quant à lui, être recherché dans les textes réglementaires qui le fixent ou le revalorisent.

    b) Le décret n° 2023/00338/PM du 21 mars 2023 fixant le SMIG

    Ce décret constitue un texte important dans l’évolution récente du salaire minimum au Cameroun.
    Il a remplacé le dispositif antérieur issu du décret n° 2014/2217/PM du 24 juillet 2014.
    Cependant, ce texte de 2023 a ensuite été abrogé par le décret n° 2024/0168/PM du 23 février 2024 pour la catégorie particulière des agents de l’État relevant du Code du travail.
    Il ne faut donc pas citer le décret de 2023 comme s’il constituait, à lui seul, la référence actuelle pour toutes les catégories de salariés.

    c) Le décret n° 2024/0168/PM du 23 février 2024

    Ce décret fixe le SMIG à 43 969 FCFA pour les agents de l’État relevant du Code du travail.
    Son article 1er prévoit ce montant à compter de la date de signature du texte.
    Son article 2 abroge les dispositions antérieures contraires, notamment le décret n° 2023/00338/PM du 21 mars 2023.
    Attention : ce décret vise expressément les agents de l’État relevant du Code du travail. Il ne suffit donc pas, à lui seul, pour déterminer le montant applicable à chaque salarié du secteur privé
    Pour les entreprises privées, il convient de vérifier le texte de fixation du SMIG correspondant à la catégorie concernée ainsi que les éventuelles dispositions réglementaires intervenues ultérieurement.

    3 - Quel est le montant du SMIG au Cameroun ?

    C’est généralement la première question posée par les employeurs et les salariés.
    La réponse exige toutefois une distinction entre les catégories de travailleurs.
    Les montant du SMIG actuellement en vigueur au Cameroun sont ceux indiqués dans le tableau ci-dessous
    SECTEURMONTANTREFERENCE JURIDIQUE
    SECTEUR PRIVE NON AGRICOLE60 000 FCFA / Moisdécret n° 2023/00338/PM du 21 mars 2023 fixant le SMIG
    SECTEUR PUBLIC43969 FCFA / Moisdécret n° 2024/0168/PM du 23 février 2024 pour la catégorie particulière des agents de l’État relevant du Code du travail.
    SECTEUR AGRICOLE45 000 FCFA / Moisdécret n° 2023/00338/PM du 21 mars 2023 fixant le SMIG
    Le montant de 60 000 FCFA pour le secteur privé non agricole est celui qui s’applique dans la très grande majorité des entreprises camerounaises. C’est le chiffre de référence pour les conventions collectives, les grilles salariales d’entreprise et les vérifications de l’Inspection du Travail.

    4 - Le SMIG s'applique-t-il à tous les travailleurs ?

    Pas nécessairement dans les mêmes conditions.
    Pour déterminer si un travailleur relève du SMIG, il faut d’abord examiner son statut juridique et les textes qui régissent sa relation professionnelle.

    4.1. Les salariés du secteur privé

    Les salariés des entreprises privées relevant du Code du travail sont concernés par les règles de rémunération minimale applicables à leur situation.
    L’employeur doit également vérifier les dispositions de la convention collective de branche et les accords applicables à son entreprise.

    4.2. Les agents de l'État relevant du Code du travail

    Ces agents bénéficient du régime particulier prévu par le décret n° 2024/0168/PM du 23 février 2024, qui fixe leur SMIG à 43 969 FCFA.

    4.3. Les personnels soumis à un statut particulier

    L’article 1er du Code du travail exclut expressément de son champ d’application certains personnels régis par des statuts particuliers, notamment les personnels relevant du statut général de la fonction publique, sous réserve des autres exclusions énumérées par cet article
    Il faut donc éviter d’appliquer automatiquement les règles du SMIG du Code du travail à toutes les personnes exerçant une activité professionnelle au Cameroun.

    5 - Une entreprise peut-elle payer un salarié en dessous du SMIG ?

    En principe, un employeur ne peut pas fixer une rémunération inférieure au minimum légal applicable au salarié concerné.
    Le salaire convenu dans le contrat de travail doit respecter les dispositions légales et réglementaires applicables ainsi que les minima conventionnels obligatoires.
    Exemple pratique
    Une entreprise recrute un salarié dont la rémunération est inférieure au minimum légal applicable à sa situation.
    Le fait que le salarié ait accepté cette rémunération ne dispense pas automatiquement l’employeur de respecter les minima obligatoires.
    L’entreprise doit procéder à la vérification de la rémunération et, si nécessaire, à sa régularisation. Le responsable RH doit également examiner les éventuels rappels de salaire dus au salarié pour la période concernée.

    6 - Le SMIG est-il identique au salaire minimum prévu par une convention collective ?

    Non.  Les deux notions doivent être distinguées.

    Le SMIG constitue un minimum fixé par les pouvoirs publics pour les travailleurs concernés.

    Le minimum conventionnel résulte des dispositions d’une convention collective applicable à une branche professionnelle ou à une entreprise.

    Une convention collective peut prévoir une grille de rémunération tenant compte de plusieurs éléments :

    –  la catégorie professionnelle ;
    – le niveau de qualification ;
    –  l’ancienneté ;
    –  la nature des fonctions exercées ;
    –  les responsabilités confiées au salarié.

    Ainsi, un salarié peut avoir droit à un salaire minimum conventionnel supérieur au SMIG.
    Exemple pratique :
    Une entreprise industrielle applique une convention collective prévoyant un minimum salarial pour une catégorie professionnelle déterminée.
    Le responsable RH doit comparer ce minimum conventionnel au minimum légal applicable et retenir la rémunération minimale obligatoire correspondant à la situation du salarié.
    Il ne suffit donc pas de vérifier si le salaire est supérieur au SMIG : il faut aussi s’assurer qu’il respecte la classification et la grille salariale applicables.

    7 - Le SMIG concerne-t-il uniquement le salaire de base ?

    Il faut distinguer le salaire de base de la rémunération globale.
    Le salaire de base correspond à la rémunération convenue pour le travail effectué, indépendamment des éléments complémentaires qui peuvent s’y ajouter.
    La rémunération globale peut comprendre, selon la situation :

    –  le salaire de base ;
    –  les primes ;
    – les commissions ;
    – les majorations pour heures supplémentaires ;
    –  certaines indemnités ;-  d’autres éléments de rémunération prévus par les textes applicables

    Pour apprécier le respect du minimum salarial, il est nécessaire d’identifier les éléments qui peuvent juridiquement être pris en compte. Toutes les sommes versées au salarié ne constituent pas nécessairement des éléments permettant de satisfaire au minimum légal.

    8 - Le SMIG est-il automatiquement augmenté lorsque le coût de la vie augmente ?

    Non. Une hausse du coût de la vie ne signifie pas, à elle seule, qu’un nouveau montant du SMIG entre automatiquement en vigueur.

    La fixation ou la revalorisation du SMIG relève des textes et procédures applicables. L’employeur doit donc surveiller les décrets et autres textes réglementaires susceptibles de modifier les minima salariaux.
    Il doit également suivre les évolutions de la convention collective applicable à son activité.

    Conseil pratique : les responsables RH gagneraient à intégrer une veille réglementaire salariale dans leurs procédures de gestion de la paie.

    Cette démarche permet d’anticiper les revalorisations et de mettre à jour les paramètres de rémunération dès l’entrée en vigueur des nouveaux textes.

    9 - Quelles sont les conséquences du non-respect du SMIG ?

    Le paiement d’un salaire inférieur au minimum obligatoire peut exposer l’employeur à des réclamations du salarié et aux conséquences juridiques prévues par la législation applicable.
    Selon les circonstances, plusieurs questions peuvent se poser :

    –  la régularisation du salaire ;
    –  le paiement d’un éventuel rappel de rémunération ;
    –  le contrôle de l’inspection du travail ;
    –  l’application des sanctions prévues par les textes en vigueur.

    Les conséquences exactes dépendent de la disposition méconnue, de la période concernée et des circonstances du dossier.
    Exemple pratique
    Un salarié constate que sa rémunération est inférieure au minimum légal ou conventionnel qui lui est applicable.
    Il peut demander des explications à son employeur et solliciter la régularisation de sa situation. En cas de désaccord persistant, les mécanismes de règlement des différends du travail peuvent être mobilisés conformément aux règles applicables.
    Pour l’employeur, la meilleure prévention consiste à contrôler régulièrement les salaires et à corriger les anomalies dès qu’elles sont identifiées.

    10 - Comment un responsable RH peut-il vérifier la conformité des salaires au SMIG ?

    Pour sécuriser la paie, le responsable RH peut suivre la démarche suivante.
    Étape 1 : Identifier le statut du salarié
    Déterminez si le salarié relève du secteur privé, d’un établissement public ou d’un régime particulier.
    Étape 2 : Identifier le texte applicable
    Consultez le Code du travail, les textes réglementaires fixant le SMIG et les éventuelles dispositions particulières concernant la catégorie de travailleurs.
    Étape 3 : Vérifier la convention collective
    Identifiez la convention collective applicable et la classification professionnelle du salarié.
    Étape 4 : Examiner le salaire de base
    Comparez le salaire de base au minimum obligatoire applicable, en tenant compte de la durée de travail et des règles de calcul pertinentes.
    Étape 5 : Contrôler les autres éléments de rémunération
    Vérifiez les primes, indemnités et majorations afin de vous assurer qu’ils sont correctement traités et qu’ils ne sont pas utilisés à tort pour compenser un salaire de base insuffisant.
    Étape 6 : Régulariser les anomalies
    Si une insuffisance est constatée, déterminez la période concernée, calculez les sommes éventuellement dues et procédez à la régularisation appropriée.
    Cette méthode peut être intégrée au contrôle mensuel de la paie.

    11 - Exemple pratique : le contrôle du salaire d'un agent d'exécution

    Une entreprise recrute un agent d’exécution dans le cadre d’un contrat de travail à temps complet. Le responsable RH souhaite vérifier si le salaire proposé respecte les minima applicables.
    Il doit d’abord identifier la catégorie professionnelle du salarié et déterminer la convention collective applicable à l’entreprise.
    Il doit ensuite vérifier le montant du SMIG applicable à cette catégorie de travailleurs et comparer ce minimum au salaire prévu au contrat.
    Si la grille conventionnelle prévoit un salaire supérieur au minimum légal, l’entreprise doit respecter le minimum conventionnel obligatoire.
    Si le salaire proposé est inférieur au minimum applicable, il convient de le corriger avant la mise en œuvre de la paie ou de régulariser la situation si le salarié est déjà en poste.
    Cet exemple montre qu’une vérification du SMIG ne peut pas être effectuée correctement sans tenir compte du statut du salarié et des dispositions conventionnelles applicables.

    12 - L'évolution historique du SMIG au Cameroun

    Le SMIG camerounais a été relevé à plusieurs reprises depuis les années 1990. L’augmentation la plus significative a eu lieu en 2014, avec un quasi-doublement du niveau précédent.
    Le tableau ci-dessous retrace les différentes périodes marquantes de l’évolution du SMIG au Cameroun
    ANNEEMONTANTOBSERVATIONS
    199423 514 FCFA / MoisAjustement en janvier 1994 après dévaluation du franc CFA
    200828 126 FCFA / MoisPremière revalorisation significative du millénaire
    201236 270 FCFA / MoisHausse sous pression des syndicats et organisations professionnelles
    201460000 FCFA / MoisDoublement historique par Décret n°2014/2217/PM du 24 juillet 2014 — toujours en vigueur pour le secteur privé non agricole

    13 - Classement des SMIG en Afrique : où se situe le Cameroun ?

    Les salaires minima en Afrique varient considérablement selon les ressources naturelles, le niveau de développement économique et les politiques sociales de chaque pays. Voici une comparaison indicative.
    PAYB26:E35MONTANT SMIG MENSUELEVALUATION EN EUROOBSERVATIONS
    Cameroun60 000 FCFA≈ 91 €SMIG secteur privé non agricole — Décret 2014/2217/PM
    Sénégal63 500 FCFA≈ 97 €SMIG secteur privé (2023)
    Côte d’Ivoire75 000 FCFA≈ 114 €SMIG secteur privé industriel
    Mali≈ 40 000 FCFA≈ 61 €SMIG en vigueur — peut varier selon les conventions
    Burkina Faso≈ 52 000 FCFA≈ 79 €SMIG secteur non agricole
    Gabon> 150 000 FCFA≈ 229 €L’un des SMIG les plus élevés d’Afrique centrale — secteur pétrolier inclus
    Afrique du Sud≈ 25 R/heure≈ 1,3 €/hNational Minimum Wage — versé à l’heure (taux 2024)
    Maroc≈ 3 111 DH≈ 284 €SMIG secteur non agricole (SNMG) 2024
    Guinée équatoriale≈ 129 035 XAF≈ 197 €L’un des plus élevés de la zone CEMAC
    Tchad≈ 59 350 FCFA≈ 90 €Proche du niveau camerounais — faible application pratique

    14 - Ce qu'il faut retenir sur le SMIG au Cameroun

    ➡️ Le SMIG constitue un seuil minimal de rémunération fixé par les pouvoirs publics pour les travailleurs concernés.
    ➡️ Le Code du travail camerounais du 14 août 1992 fournit le cadre juridique général des relations de travail et des règles relatives au salaire.
    ➡️ Le décret n° 2024/0168/PM du 23 février 2024 fixe le SMIG à 43 969 FCFA pour les agents de l’État relevant du Code du travail.
    ➡️ Ce montant ne doit pas être présenté automatiquement comme celui applicable à toutes les catégories de salariés du secteur privé.
    ➡️ Le minimum conventionnel applicable à un salarié doit également être vérifié.
    ➡️ Les primes et indemnités ne peuvent pas être intégrées indistinctement dans le calcul du minimum salarial.
    ➡️ Les employeurs et responsables RH doivent surveiller les textes réglementaires afin de mettre à jour les paramètres de paie.
    ➡️ En cas de rémunération inférieure au minimum obligatoire, une vérification et une régularisation doivent être envisagées.

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