Droit social en pratique

🇨🇲 Le salaire au Cameroun : règles de fixation, paiement, retenues et recours du travailleur

Le salaire constitue l’une des principales obligations de l’employeur dans le cadre de la relation de travail. Il représente la contrepartie financière du travail fourni par le salarié et constitue, pour ce dernier, une ressource essentielle.
Pourtant, plusieurs questions se posent régulièrement dans les entreprises :

— Comment le salaire est-il fixé au Cameroun ?
– Quel est le montant du salaire minimum légal ?
– L’employeur peut-il fixer librement la rémunération d’un salarié ?
– Quelles sont les règles applicables au paiement du salaire ?
– Un employeur peut-il effectuer des retenues sur le salaire ?
– Que peut faire un salarié lorsque son employeur ne le paie pas ?
– Le salaire est-il protégé contre les créanciers de l’employeur ou du travailleur ?

Le droit camerounais apporte des réponses à ces interrogations, principalement dans le Titre IV du Code du travail, consacré au salaire, qui comprend les articles 61 à 79 de la loi n° 92/007 du 14 août 1992.
Dans cette fiche, nous allons examiner les principales règles applicables en privilégiant leurs conséquences pratiques pour les employeurs et les travailleurs.
Sommaire
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    1 – Qu'est-ce que le salaire au sens du Code du travail camerounais ?

    Que dit la loi ?

    L’article 61, alinéa 1, du Code du travail camerounais définit le salaire comme la rémunération ou les gains évaluables en espèces qui sont dus par l’employeur au travailleur en vertu du contrat de travail, en contrepartie du travail effectué ou à effectuer, ou des services rendus ou à rendre.

    Cette définition est importante, car elle ne limite pas le salaire à la seule somme désignée comme « salaire de base » sur le bulletin de paie.
    Selon les modalités de rémunération applicables, le salaire peut notamment comprendre :

    – le salaire de base ;
    – les commissions ;
    – les primes liées au travail ;
    – certains avantages ou prestations évaluables en espèces ;
    — Les indemnités qui constituent, en réalité, un élément de rémunération et non un remboursement de frais professionnels.

    L’article 65 du Code du travail traite précisément de certaines rémunérations constituées, en totalité ou en partie, de commissions, de primes, de prestations diverses ou d’indemnités représentatives de prestations.

    2 - Comment le salaire est-il fixé au Cameroun ?

    L'employeur est-il libre de fixer le salaire de chaque travailleur ?

    La fixation du salaire ne relève pas d’une liberté absolue de l’employeur.
    Elle doit tenir compte notamment :

    – du salaire minimum légal applicable ;
    – de la catégorie professionnelle du salarié ;
    – de la convention collective applicable à l’entreprise ;
    – des accords d’établissement éventuellement applicables ;
    – du contrat de travail ;
    — Des dispositions légales et réglementaires en vigueur.

    L’article 62, alinéa 1, du Code du travail prévoit que le salaire minimum interprofessionnel garanti (SMIG) est fixé par décret.

    L’alinéa 2 du même article prévoit que les catégories professionnelles et les salaires correspondants sont fixés par voie de négociation dans le cadre des conventions collectives ou des accords d’établissement.

    Il est donc essentiel de distinguer le minimum légal général des salaires minimaux éventuellement prévus pour certaines catégories professionnelles par une convention collective.

    Quel salaire faut-il appliquer dans une entreprise ?

    Prenons le cas d’une entreprise industrielle qui emploie des agents de production, des magasiniers, des techniciens et des responsables administratifs.
    Le responsable des ressources humaines doit vérifier :

    – La convention collective entrant dans le champ d’application de l’entreprise.
    – La catégorie professionnelle correspondant à chaque poste.
    – Le salaire minimal prévu pour cette catégorie.
    – Les éventuels avantages ou compléments de rémunération obligatoires.
    – Le respect du SMIG applicable.

    Si la convention collective prévoit, pour une catégorie professionnelle, un salaire minimal supérieur au SMIG, l’employeur doit respecter le minimum conventionnel applicable.
    Le SMIG ne doit donc pas être considéré comme le salaire automatiquement applicable à tous les salariés, quel que soit leur emploi.

    3 – Quel est le montant du salaire minimum au Cameroun ?

    Quel est le SMIG applicable ?

    Le décret n° 2023/00338/PM du 21 mars 2023 a fixé le SMIG selon les montants suivants :
    Catégorie concernéeMontant mensuel
    Agents de l’État relevant du Code du travail41 875 FCFA
    Secteur agricole et assimilé45 000 FCFA
    Autres secteurs d’activités60 000 FCFA
    Toutefois, le montant applicable aux agents de l’État relevant du Code du travail a ensuite été fixé à 43 969 FCFA par le décret n° 2024/0168/PM du 23 février 2024.
    Ces montants doivent être lus en tenant compte du champ d’application propre à chaque décret.
    Pour les autres secteurs d’activités, le montant de 60 000 FCFA mensuels résulte du décret du 21 mars 2023.

    Point de vigilance : avant d’appliquer un montant de SMIG dans une situation particulière, il convient de vérifier qu’aucun texte ultérieur ne l’a modifié et que le salarié relève bien de la catégorie concernée.

    Le SMIG suffit-il pour déterminer le salaire dû à un salarié ?

    Non.

    Le salaire effectivement dû peut être supérieur au SMIG en raison de la catégorie professionnelle du salarié, de son ancienneté, de sa qualification, de la convention collective applicable ou de ses engagements contractuels.
    Exemple pratique
    Un salarié relève d’une catégorie professionnelle pour laquelle la convention collective applicable prévoit un salaire minimal de 85 000 FCFA.
    Même si le SMIG applicable à son secteur est inférieur à ce montant, l’employeur doit respecter le minimum conventionnel de 85 000 FCFA, sous réserve des conditions d’application de la convention et de la classification du salarié.
    Le responsable RH doit donc contrôler à la fois le SMIG et les minima conventionnels.

    4 – Le principe « à travail égal, salaire égal » s'applique-t-il au Cameroun ?

    Que prévoit le Code du travail ?

    L’article 61, alinéa 2, du Code du travail dispose qu’à conditions égales de travail et d’aptitude professionnelle, le salaire est égal pour tous les travailleurs, quels que soient notamment leur origine, leur sexe, leur âge, leur statut ou leur confession religieuse.

    Cette disposition pose un principe essentiel d’égalité de rémunération.
    Elle signifie que des différences de salaire ne doivent pas être fondées sur les critères prohibés par la loi.
    Toutefois, l’égalité de rémunération ne signifie pas nécessairement que tous les salariés occupant des postes portant le même intitulé doivent percevoir exactement le même montant.
    Il faut notamment examiner :

    – la nature des fonctions réellement exercées ;
    – le niveau de qualification ;
    – les responsabilités confiées ;
    – l’expérience professionnelle ;
    – la catégorie conventionnelle ;
    — Les critères objectifs de rémunération applicables.

    Une différence de salaire entre deux salariés est-elle forcément illégale ?

    Non. Il faut rechercher si cette différence repose sur des éléments objectifs et pertinents au regard du travail effectué et des règles applicables.

    Exemple pratique
    Deux salariés occupent des postes comparables dans une même entreprise. L’un perçoit un salaire sensiblement supérieur à celui de l’autre.
    Le responsable RH doit vérifier les fonctions réellement exercées, les qualifications, les responsabilités, la classification et les critères utilisés pour fixer les rémunérations.
    Si aucune justification objective ne permet d’expliquer l’écart, l’entreprise s’expose à une contestation.

    Conseil RH : formalisez une grille de classification et de rémunération, et conservez les éléments permettant de justifier les différences de salaire.

    5 - Comment rémunérer un travail payé à la tâche ou aux pièces ?

    L'employeur peut-il rémunérer un salarié en fonction de sa production ?

    Oui. Le Code du travail reconnaît les modes de rémunération fondés sur la tâche ou les pièces produites.

    Cependant, l’article 63 prévoit que la rémunération doit être calculée de manière à procurer à un travailleur de capacité moyenne, travaillant normalement, un salaire au moins égal à celui d’un travailleur rémunéré au temps et effectuant un travail analogue.

    Cette règle vise à éviter qu’un mode de rémunération lié au rendement conduise à verser une rémunération inférieure au minimum exigible pour un travail comparable.

    L’article 64 prévoit par ailleurs que les taux minima de salaires et les conditions de rémunération du travail à la tâche ou aux pièces soient affichés dans les lieux de paie.

    Que doit faire concrètement l'employeur ?

    L’entreprise doit définir clairement :

    – les tâches ou unités de production rémunérées ;
    – les tarifs applicables ;
    – les conditions de calcul ;
    – les modalités de contrôle de la production ;
    – les règles de paiement ;
    — Les minima légaux et conventionnels à respecter.

    Exemple pratique
    Une entreprise rémunère des travailleurs en fonction du nombre de pièces fabriquées.
    Le responsable RH doit vérifier que le système de calcul est transparent et qu’il permet à un travailleur de capacité moyenne, travaillant normalement, d’obtenir au moins la rémunération prévue par l’article 63 pour un travail analogue.
    Le seul fait de rémunérer à la pièce ne permet donc pas à l’employeur de se soustraire aux règles relatives aux minima salariaux.

    6 – Les primes, commissions et indemnités font-elles partie du salaire ?

    Tous les compléments de rémunération ont-ils la même nature juridique ?

    Non.
    La qualification d’un complément de rémunération dépend de sa nature, de son objet et des conditions dans lesquelles il est versé.
    L’article 65 du Code du travail vise notamment les rémunérations constituées, en totalité ou en partie, par des commissions, des primes, des prestations diverses ou des indemnités représentatives de prestations, dans la mesure où celles-ci ne constituent pas un remboursement de frais.
    Il faut donc distinguer :

    – les éléments qui rémunèrent le travail ;
    – les sommes qui remboursent des dépenses professionnelles effectivement engagées ;
    — Les indemnités répondant à un régime juridique particulier.

    Cette distinction est importante pour établir correctement le bulletin de paie et appliquer les règles pertinentes en matière de cotisations sociales, de fiscalité et de calcul des droits du salarié.
    Ces dernières questions nécessitent toutefois l’examen des textes sociaux et fiscaux propres à chaque élément de rémunération.

    Comment éviter les erreurs ?

    Le service RH doit documenter la nature de chaque prime ou indemnité et définir ses conditions d’attribution.
    Par exemple, une prime de rendement ne doit pas être automatiquement assimilée à un remboursement de frais professionnels.
    De même, une indemnité destinée à rembourser des dépenses engagées par le salarié doit être examinée au regard de son objet réel et de ses justificatifs.

    Conseil pratique : évitez de multiplier les rubriques de paie dont la qualification juridique n’est pas clairement définie.

    7 – À quelle fréquence le salaire doit-il être payé ?

    L'employeur peut-il payer les salaires à la date de son choix ?

    Non. Le paiement du salaire est soumis aux dispositions du Code du travail relatives à la périodicité et aux modalités de paiement.

    Les articles 67 à 69 du Code du travail traitent du mode de paiement du salaire et des règles qui l’encadrent.

    L’article 68 prévoit notamment que le paiement du salaire doit intervenir à intervalles réguliers ne dépassant pas les périodicités qu’il fixe selon la catégorie de travailleurs et le mode de rémunération.
    Il faut donc distinguer les travailleurs rémunérés au mois de ceux qui le sont à la journée, à la quinzaine ou selon un autre mode autorisé.

    Que doit faire le responsable RH ?

    Il est recommandé d’établir un calendrier de paie qui précise :

    – la période de travail rémunérée ;
    – la date habituelle de paiement ;
    – les opérations de validation des éléments variables ;
    – la date de transmission des fichiers de paiement ;
    — Les procédures de contrôle des virements.

    L’entreprise doit également anticiper les difficultés de trésorerie afin d’éviter que les salaires soient systématiquement versés en retard.
    Exemple pratique
    Une entreprise prévoit de payer les salaires mensuels le 30 de chaque mois. En raison d’une difficulté de trésorerie, elle reporte régulièrement le paiement au 10 du mois suivant.
    Une telle pratique doit être examinée au regard des règles légales de périodicité du paiement. Les difficultés financières de l’entreprise ne dispensent pas automatiquement l’employeur de ses obligations salariales.

    8 – Le salaire doit-il obligatoirement être payé en espèces ?

    Quels sont les modes de paiement autorisés ?

    Les articles 67 à 69 du Code du travail encadrent les modalités de paiement du salaire.
    En pratique, le paiement peut notamment être réalisé par les moyens autorisés par les textes applicables, tels que le virement bancaire, sous réserve du respect des conditions légales.
    L’employeur doit s’assurer que le mode de paiement utilisé permet au salarié de recevoir effectivement les sommes dues et qu’il peut en conserver la preuve.

    Quelles précautions prendre ?

    Le service de paie doit conserver les justificatifs des paiements effectués : ordres de virement, preuves de transfert, états de paiement ou autres documents appropriés.
    Il convient également de s’assurer que les coordonnées de paiement du salarié sont correctes et que les éventuels incidents sont rapidement traités.

    À retenir : l’établissement d’un bulletin de paie ne suffit pas, à lui seul, à démontrer que le salaire a effectivement été payé.

    9 – Le bulletin de paie est-il obligatoire ?

    L'employeur doit-il remettre un bulletin de paie au salarié ?

    Les dispositions du Code du travail relatives au paiement du salaire doivent être appliquées avec les règles réglementaires pertinentes concernant la paie et les documents qui l’accompagnent.
    Le bulletin de paie constitue un document essentiel pour informer le salarié sur les éléments de sa rémunération.
    Il permet notamment de faire apparaître, selon les rubriques applicables :

    – le salaire de base ;
    – les primes et commissions ;
    – les indemnités ;
    – les heures supplémentaires et autres éléments variables, lorsqu’ils sont dus ;
    – les retenues opérées ;
    — Le montant net à payer.

    Il facilite également le contrôle de la conformité de la paie par le salarié, le responsable RH et les organismes compétents.

    Que doit vérifier le salarié ?

    À la réception de son bulletin, le travailleur devrait notamment contrôler :

    – La période de paie.
    – Le salaire de base indiqué.
    – Les primes et indemnités auxquelles il peut prétendre.
    – Les heures supplémentaires éventuellement dues.
    – Les retenues effectuées.
    – Le montant net à payer.

    En cas d’erreur, il est préférable de signaler rapidement l’anomalie au service RH et de conserver une copie du bulletin.

    Point de vigilance : le bulletin de paie doit refléter la rémunération réellement due. Il ne doit pas être utilisé pour justifier artificiellement des retenues ou des montants qui ne correspondent pas à la situation du salarié.

    10 – L'employeur peut-il effectuer librement des retenues sur salaire ?

    Peut-on déduire n'importe quelle somme du salaire d'un travailleur ?

    Non. Les retenues sur salaire sont encadrées par le Code du travail.

    Les articles 75 à 77 du Code du travail traitent des retenues sur salaire et des règles qui les encadrent.

    L’employeur ne peut donc pas considérer le salaire comme une somme dont il peut librement disposer pour compenser toutes les dettes ou tous les dommages qu’il estime imputables au salarié.
    Avant d’effectuer une retenue, il faut identifier son fondement juridique et vérifier qu’elle est autorisée dans les conditions applicables.

    Peut-on retenir le salaire d'un salarié pour sanctionner une faute ?

    Il faut distinguer une retenue correspondant à une période non travaillée, lorsqu’elle est légalement justifiée, d’une sanction pécuniaire.

    L’article 30 du Code du travail interdit les amendes et autres sanctions pécuniaires.

    Un employeur ne peut donc pas décider de retirer arbitrairement une somme du salaire d’un travailleur pour le punir d’une faute professionnelle.
    Exemple pratique
    Un magasinier est reconnu responsable d’une erreur dans la gestion du stock. L’entreprise constate un écart d’inventaire et souhaite déduire directement le montant correspondant de son salaire.
    Cette retenue ne peut pas être justifiée par la seule existence d’un écart d’inventaire ou par une décision unilatérale de l’employeur. Il faut examiner les circonstances, le fondement juridique invoqué et les règles applicables.

    Conseil RH : avant toute retenue, faites vérifier sa légalité et conservez les justificatifs correspondants.

    11- Le salaire est-il protégé contre les saisies et les créanciers ?

    Les créanciers peuvent-ils saisir la totalité du salaire d'un travailleur ?

    Le salaire bénéficie d’une protection particulière en raison de sa fonction alimentaire.

    Les articles 70 à 73 du Code du travail traitent des privilèges et garanties de la créance salariale.

    Ces dispositions doivent être prises en compte lorsqu’une entreprise connaît des difficultés financières ou lorsqu’un salarié fait l’objet d’une procédure de recouvrement. La protection du salaire ne signifie cependant pas que toute saisie est impossible. Les conditions et limites applicables doivent être recherchées dans les textes pertinents, notamment ceux régissant les procédures de saisie des rémunérations.

    Pourquoi cette protection est-elle importante ?

    Elle vise à préserver, dans les conditions prévues par la loi, les ressources nécessaires à la subsistance du travailleur.
    Pour l’employeur, elle implique de ne pas traiter une demande de saisie ou une réclamation d’un créancier comme une simple instruction administrative.
    Le service RH doit vérifier la régularité de la procédure et appliquer les limites légales avant de procéder à une retenue.

    12 – Que faire lorsqu'un employeur ne paie pas le salaire ?

    Le salarié peut-il réclamer un salaire impayé ?

    Oui. Le salarié peut faire valoir ses droits lorsque la rémunération due n’a pas été versée.

    L’article 74 du Code du travail traite de la prescription de l’action en paiement du salaire.

    Cette disposition est particulièrement importante : un salarié qui tarde à réclamer les sommes qui lui sont dues risque de rencontrer une difficulté liée au délai de prescription applicable.
    Il est donc prudent de ne pas laisser une créance salariale impayée sans entreprendre de démarches.

    Quelle démarche suivre ?

    Première étape : réunir les preuves
    Le salarié devrait conserver, selon sa situation :

    – son contrat de travail ;
    – ses bulletins de paie ;
    – ses relevés bancaires ou justificatifs de paiement ;
    – les documents établissant les périodes travaillées ;
    — Les échanges avec l’employeur concernant les sommes réclamées.

    Deuxième étape : adresser une réclamation écrite
    Le salarié peut adresser à l’employeur une demande précisant la période concernée, les sommes réclamées et les éléments qui permettent de justifier sa demande.
    Troisième étape : solliciter l’intervention des services compétents
    Si le différend persiste, le salarié peut se rapprocher des services compétents du ministère chargé du Travail afin de connaître les démarches de règlement du différend applicables à sa situation.
    Quatrième étape : engager la procédure appropriée
    Lorsque la réclamation ne trouve pas de solution, le salarié peut envisager les voies de recours prévues par la législation du travail.

    Que risque l'employeur en cas de non-paiement ?

    Le non-paiement des salaires dus peut entraîner une réclamation portant sur les sommes impayées et, selon les circonstances et les fondements juridiques applicables, d’autres conséquences.
    L’employeur ne doit donc pas considérer le paiement du salaire comme une obligation secondaire pouvant être reportée indéfiniment en fonction de ses contraintes de trésorerie.

    13 – L'employeur peut-il suspendre le salaire en cas d'absence du salarié ?

    Toute absence entraîne-t-elle automatiquement une retenue ?

    L’article 61, alinéa 3, du Code du travail prévoit qu’en dehors des cas prévus par la réglementation ou la convention collective applicable, et sauf accord entre les parties intéressées, aucun salaire n’est dû en cas d’absence du travailleur.

    Cette disposition doit toutefois être appliquée en tenant compte de la nature de l’absence et des règles particulières qui peuvent garantir le maintien de la rémunération ou prévoir une indemnisation.
    Il faut notamment distinguer :

    – l’absence injustifiée ;
    – le congé légal ;
    – l’absence autorisée ;
    – les périodes de suspension du contrat de travail ;
    — Les situations pour lesquelles une disposition légale, réglementaire ou conventionnelle prévoit un régime particulier.

    Exemple pratique
    Un salarié s’absente sans autorisation pendant une journée de travail.
    L’employeur doit vérifier les circonstances de l’absence, les justificatifs éventuellement produits et les règles applicables avant de déterminer les conséquences sur la rémunération.

    Il ne doit pas confondre une retenue correspondant à une absence non rémunérée avec une sanction pécuniaire interdite par l’article 30 du Code du travail.

    14 – Le salaire est-il dû pendant une suspension du contrat de travail ?

    L'employeur doit-il continuer à payer le salaire lorsque le salarié ne travaille pas

    La réponse dépend de la cause de la suspension et des dispositions légales, réglementaires ou conventionnelles applicables.
    Toutes les suspensions du contrat de travail n’obéissent pas au même régime de rémunération.
    Il faut donc vérifier, selon le cas :

    – les dispositions du Code du travail ;
    – les textes réglementaires applicables ;
    – la convention collective ;
    – les éventuels accords d’établissement ;
    — Les règles spécifiques à la situation concernée.

    Par exemple, le régime applicable au chômage technique doit être examiné au regard des textes qui lui sont propres, notamment l’arrêté n° 001/CAB/MTPS du 14 février 1995 fixant les taux d’indemnisation pendant la période de suspension du contrat de travail pour cause de chômage technique.

    Il serait donc inexact d’affirmer que le salaire est systématiquement maintenu ou systématiquement supprimé pendant toute suspension du contrat.

    Conseil pratique : avant de modifier la paie d’un salarié dont le contrat est suspendu, le responsable RH doit identifier le régime juridique applicable à la cause précise de cette suspension.

    15 – Quelles sont les principales obligations de l'employeur en matière de salaire ?

    Pour prévenir les litiges, l’employeur doit mettre en place une gestion rigoureuse de la rémunération.
    Les principales mesures à prendre sont les suivantes :

    – Respecter le SMIG applicable ;
    – Appliquer les minima de la convention collective pertinente ;
    – Respecter la classification professionnelle des travailleurs ;
    – Appliquer le principe d’égalité de rémunération dans les conditions prévues par l’article 61 ;
    – Calculer correctement les primes, commissions et autres éléments dus ;
    – Payer les salaires selon la périodicité légale ;
    – Établir des documents de paie conformes aux règles applicables ;
    – S’abstenir de toute retenue non autorisée ;
    – Conserver les justificatifs de paiement ;
    – Traiter rapidement les réclamations salariales ;
    – Vérifier les règles applicables aux absences et aux suspensions du contrat de travail.

    Une procédure de paie écrite, associée à des contrôles réguliers, permet de limiter les erreurs et de sécuriser les pratiques de l’entreprise.

    16 – Quels sont les principaux articles du Code du travail à connaître sur le salaire ?

    Pour faciliter la consultation du texte, voici les dispositions essentielles à retenir.
    ArticleObjet principalUtilité pratique
    Article 30Interdiction des amendes et sanctions pécuniairesÉviter les retenues utilisées comme sanctions
    Article 61Définition du salaire, égalité de rémunération et absencesIdentifier les éléments de salaire et contrôler les différences de traitement
    Article 62SMIG et fixation des catégories professionnelles et salairesDéterminer les minima applicables
    Article 63Rémunération du travail à la tâche ou aux piècesVérifier le respect du minimum de rémunération
    Article 64Affichage des taux minima et conditions de rémunération du travail à la tâche ou aux piècesAssurer la transparence des tarifs
    Article 65Rémunération comprenant des commissions, primes, prestations ou indemnitésQualifier les éléments de rémunération
    Articles 67 à 69Mode et modalités de paiement du salaireSécuriser le paiement
    Articles 70 à 73Privilèges et garanties de la créance salarialeComprendre la protection du salaire
    Article 74Prescription de l’action en paiement du salaireÉviter de laisser expirer un délai de réclamation
    Articles 75 à 77Retenues sur salaireContrôler la légalité des retenues

    Conclusion

    Le salaire ne se résume pas à un montant inscrit dans un contrat de travail ou sur un bulletin de paie. Sa détermination et son paiement obéissent à des règles légales, réglementaires et conventionnelles qu’il convient d’appliquer en fonction de la situation de chaque salarié.
    Pour l’employeur et le responsable RH, la priorité consiste à vérifier les minima applicables, la classification professionnelle, la composition de la rémunération, la régularité du paiement et la légalité des retenues.
    Pour le salarié, la connaissance de ses droits permet de contrôler sa rémunération, de détecter les anomalies et d’entreprendre les démarches utiles lorsqu’une somme lui est due.
    En pratique, une gestion fiable des salaires repose sur trois réflexes : vérifier les textes applicables, documenter les opérations de paie et conserver les preuves de paiement.

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