Droit social en pratique

Le nouveau Code du travail sénégalais apporte des changements importants dans la gestion des ressources humaines. Il modernise les règles relatives aux contrats de travail, renforce la protection des travailleurs, encadre de nouvelles formes d’organisation du travail et réforme certains mécanismes de règlement des différends professionnels.

Issu de la loi n° 2026-18 du 3 septembre 2026, publiée au Journal officiel n° 7931 du 17 septembre 2026, ce texte abroge et remplace la loi n° 97-17 du 1er décembre 1997 portant Code du travail, telle que modifiée.
Pour les entreprises, cette réforme implique une révision de certaines pratiques RH, notamment en matière de recrutement, de gestion des contrats, de protection des salariés, de santé et sécurité au travail et de traitement des conflits collectifs.
Quelles sont les principales différences entre les deux Codes ? Quels sont les articles à connaître et les conséquences pratiques pour les employeurs et les travailleurs ?
Cette fiche présente les principales évolutions du droit du travail sénégalais en mettant l’accent sur les dispositions du nouveau Code et leurs implications opérationnelles.
Sommaire
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    1 – Quel est le contexte de la réforme du Code du travail sénégalais ?

    La loi n° 97-17 du 1er décembre 1997 a constitué pendant près de trois décennies le principal texte de référence pour les relations individuelles et collectives de travail au Sénégal.
    Elle a toutefois fait l’objet de plusieurs modifications législatives, notamment pour renforcer certaines protections des travailleurs et adapter le droit aux évolutions sociales.
    Parmi les textes intervenus avant la réforme de 2026 figurent notamment :

    – La loi nᵒ 2003-23 du 22 août 2003 ;
    – La loi nᵒ 2015-04 du 12 février 2015 ;
    – La loi nᵒ 2016-11 du 8 juillet 2016 ;
    – La loi nᵒ 2020-15 du 8 juillet 2020, relative notamment à l’article L. 69 ;
    – La loi nᵒ 2022-02 du 14 avril 2022, relative à la protection de la femme en état de grossesse ;
    – La loi nᵒ 2022-03 du 14 avril 2022, relative notamment à la non-discrimination au travail.

    Ces textes illustrent la nécessité d’apprécier l’ancien Code dans sa version modifiée, et non uniquement dans sa rédaction initiale de 1997.
    La réforme de 2026 poursuit une ambition plus large : adapter la législation aux transformations économiques, technologiques et sociales, tout en renforçant la protection des travailleurs et l’efficacité de l’administration du travail.
    Le nouveau Code est organisé autour de quinze titres couvrant notamment les droits et libertés au travail, les syndicats, le dialogue social, le contrat de travail, la rémunération, les conditions de travail, la santé et la sécurité, l’administration du travail et le règlement des différends.

    2 – Tableau comparatif : les principaux changements de 1997 à 2026

    Le tableau ci-dessous présente les principales évolutions identifiées dans le nouveau Code.
    ThèmeCode du travail de 1997Nouveau Code du travail de 2026Conséquence pratique
    Architecture généraleLoi n° 97-17 du 1er décembre 1997, modifiée à plusieurs reprisesLoi n° 2026-18 du 3 septembre 2026, structurée en quinze titresLes professionnels doivent désormais se référer à la nouvelle numérotation des articles.
    Droits et libertés au travailProtection répartie entre plusieurs dispositions, complétées par des lois ultérieuresDispositions consacrées aux droits et libertés au travail, notamment aux articles 4 à 26Les procédures RH doivent intégrer les nouvelles dispositions relatives aux libertés et à la protection des personnes.
    DiscriminationDispositions antérieures, notamment modifiées par la loi n° 2022-03Réorganisation et renforcement du cadre de protection contre les discriminationsActualiser les politiques d’embauche, d’évaluation et de gestion des carrières.
    Harcèlement et violencesProtection reposant sur les dispositions antérieures et les textes applicablesDispositions spécifiques consacrées à la violence et au harcèlement au travail, notamment aux articles 17 à 21Mettre en place des mécanismes de prévention, de signalement et de traitement des plaintes.
    Données personnelles et surveillancePas de dispositif aussi spécifiquement structuré dans le Code de 1997Dispositions spécifiques relatives aux données personnelles et aux dispositifs de surveillance, notamment aux articles 23 et 24Encadrer les dispositifs de vidéosurveillance, de géolocalisation et de collecte des données des salariés.
    Contrat à durée déterminéeRégime du CDD encadré par les dispositions antérieures, notamment l’article L.42Articles 100 et 101 consacrés notamment à la durée et au renouvellement du CDDRevoir les pratiques de renouvellement et le suivi des échéances contractuelles.
    Contrat de travail occasionnelLe contrat journalier faisait partie des formes contractuelles antérieurement utiliséesRemplacement du contrat journalier par un régime consacré au contrat de travail occasionnelAdapter les modèles de contrats et les procédures de recrutement temporaire.
    Travail à distanceAbsence d’un régime général aussi développé dans le Code de 1997Dispositions spécifiques sur le télétravail, notamment aux articles 268 à 273Formaliser les conditions du télétravail et organiser le suivi des salariés concernés.
    Congé de maternitéDurée de référence de quatorze semaines, avec protections particulièresArticle 277 : dix-huit semaines consécutives, dont douze après l’accouchementRevoir les procédures RH de gestion des congés de maternité.
    Travail des enfantsProtection organisée par les dispositions antérieures et les textes d’applicationDispositions spécifiques relatives à la protection des enfants, notamment dans le titre IXVérifier les conditions d’emploi des jeunes travailleurs et les exigences de protection applicables.
    Travailleurs handicapésProtection prévue par le cadre antérieurDispositions spécifiques dans le nouveau Code, notamment aux articles 282 et 283Renforcer la vigilance sur l’égalité de traitement et les conditions de travail adaptées.
    Licenciement économiqueProcédures antérieures prévues notamment par les articles L.60 à L.64Dispositions relatives à la rupture du contrat et introduction d’un régime spécifique du plan social, notamment aux articles 130 à 133Examiner les possibilités de plan social avant d’engager certains licenciements économiques.
    Chômage techniqueRégime antérieur de suspension du travailRenforcement annoncé de la protection des travailleurs concernésRéexaminer les procédures de suspension d’activité et les conséquences financières associées.
    Santé et sécurité au travailObligations réparties entre le Code et les textes d’applicationTitre XI consacré à la santé et à la sécurité au travail, notamment les articles 301 à 342Actualiser l’évaluation des risques et les dispositifs internes de prévention.
    Dialogue socialMécanismes de représentation et de négociation prévus par l’ancien CodeDispositions réorganisées sur le dialogue social et la négociation collectiveRenforcer l’anticipation des consultations et des négociations avec les représentants du personnel.
    Différends collectifsMécanismes antérieurs de règlement des conflitsRéorganisation du règlement des différends, avec consécration de la médiation et réinstauration de l’arbitrageIntégrer ces mécanismes dans la stratégie de prévention et de résolution des conflits.
    Procédure devant les tribunaux du travailConciliation préalable obligatoire dans le régime antérieurSuppression annoncée de l’obligation de conciliation préalable devant les tribunaux du travailRevoir l’analyse des procédures contentieuses et les stratégies de règlement des litiges.
    Contrôle de l’administration du travailPouvoirs et procédures du régime antérieurRenforcement des moyens d’intervention et des sanctionsSécuriser les documents sociaux et renforcer la conformité des pratiques RH.
    Précision : ce tableau est une synthèse thématique, et non une table de concordance exhaustive article par article. Certaines protections existaient déjà dans le Code de 1997 ou dans les lois qui l’ont modifié. Il convient donc de distinguer les véritables nouveautés, les renforcements de protections et les simples réorganisations des dispositions antérieures.
    Les principales orientations de la réforme sont présentées dans l’exposé des motifs du nouveau Code et dans les documents officiels relatifs à la loi n° 2026-18.

    3 - Les nouvelles dispositions relatives aux droits et libertés au travail

    L’une des évolutions importantes de la réforme concerne la place accordée aux droits et libertés des travailleurs.
    Le nouveau Code consacre un ensemble de dispositions à ces questions, notamment aux articles 4 à 26.

    3.1. La lutte contre la discrimination

    La non-discrimination au travail n’est pas un principe entièrement nouveau en droit sénégalais. Elle était déjà prévue par l’ancien Code et renforcée par des textes ultérieurs, notamment la loi n° 2022-03 du 14 avril 2022.
    La réforme de 2026 s’inscrit dans cette continuité tout en réorganisant les dispositions consacrées aux droits et libertés au travail.
    Pour l’employeur, l’enjeu est de garantir l’égalité de traitement dans les différentes étapes de la relation professionnelle :

    – Le recrutement et la sélection des candidats ;
    – La détermination de la rémunération ;
    – L’accès à la formation professionnelle ;
    – L’évolution de carrière ;
    – L’attribution des responsabilités ;
    – La rupture du contrat de travail.

    Les décisions de gestion doivent reposer sur des critères professionnels objectifs et pouvoir être justifiées en cas de contestation.

    3.2. La prévention du harcèlement et des violences au travail

    Les articles 17 à 21 du nouveau Code sont consacrés aux questions de violence et de harcèlement au travail.
    Ces dispositions renforcent l’intérêt d’une politique interne de prévention et de traitement des comportements portant atteinte à la dignité des travailleurs.
    En pratique, l’entreprise doit notamment examiner :

    – Les modalités de signalement des faits ;
    – La protection des personnes qui dénoncent des faits de bonne foi ;
    – La conduite des enquêtes internes ;
    – La confidentialité des informations recueillies ;
    – Les mesures de protection des personnes concernées ;
    – Les suites disciplinaires ou judiciaires susceptibles d’être données aux faits établis.

    Une procédure interne de signalement ne remplace pas les obligations légales de l’employeur. Elle constitue toutefois un outil utile pour prévenir les risques et traiter les situations portées à sa connaissance.

    3.3. La protection des données personnelles des travailleurs

    Les articles 23 et 24 du nouveau Code abordent les questions relatives aux données personnelles et à la surveillance des travailleurs.
    Ces dispositions intéressent directement les entreprises qui utilisent des outils numériques de gestion du personnel, des systèmes de contrôle d’accès, des dispositifs de vidéosurveillance ou des systèmes de géolocalisation.
    L’employeur doit distinguer son pouvoir légitime de contrôle de la nécessité de respecter les droits des personnes concernées.
    Il est donc recommandé de vérifier les finalités des dispositifs installés, les informations communiquées aux salariés, les personnes autorisées à accéder aux données et les durées de conservation.

    Référence complémentaire : la loi n° 2008-12 du 25 janvier 2008 sur la protection des données à caractère personnel demeure un texte important à prendre en considération, sous réserve de ses modifications et des dispositions applicables au dispositif concerné.

    4 – Le régime du contrat de travail : quelles évolutions ?

    La réforme modifie plusieurs aspects du régime contractuel. Pour les services RH, les dispositions relatives au CDD et au travail occasionnel méritent une attention particulière.

    4.1. La durée et le renouvellement du CDD

    Les articles 100 et 101 du nouveau Code encadrent notamment la durée du contrat à durée déterminée et ses possibilités de renouvellement.
    L’article 100 prévoit que :

    – Le CDD ne peut, en principe, être conclu pour une durée supérieure à deux ans ;
    – Il ne peut faire l’objet que d’un seul renouvellement ou d’une seule prolongation ;
    – La durée cumulée de la relation de travail à durée déterminée entre le même employeur et le même travailleur ne peut excéder quatre ans, renouvellement et prolongation compris ;
    – Un régime particulier est prévu pour certains contrats liés à l’exécution d’un ouvrage déterminé ou à la réalisation d’une entreprise dont la durée ne peut être fixée avec précision.

    Ces règles doivent être lues dans leur ensemble. La durée maximale d’un contrat, le nombre de renouvellements autorisés et la durée cumulée de la relation contractuelle sont trois questions différentes.

    Conséquences pour l’employeur
    Le service RH doit notamment :

    – Contrôler la durée initiale de chaque CDD ;
    – Suivre les renouvellements et prolongations ;
    – Vérifier la durée cumulée de la relation de travail ;
    – Identifier les situations dans lesquelles un régime particulier est applicable ;
    – Conserver les contrats et avenants permettant de justifier la conformité de la relation contractuelle.

    Il est déconseillé de gérer les renouvellements uniquement à partir de la date d’échéance du dernier contrat : l’historique complet de la relation de travail doit être pris en compte.

    4.2. Le remplacement du contrat journalier par le contrat occasionnel

    La réforme prévoit le remplacement du contrat de travail journalier par le contrat de travail occasionnel.
    Cette évolution concerne notamment les entreprises qui recourent à une main-d’œuvre temporaire pour répondre à des besoins ponctuels.
    Les responsables RH doivent examiner les nouvelles règles applicables à cette forme contractuelle avant de modifier leurs pratiques.
    Ils doivent notamment vérifier les conditions de recours au contrat occasionnel, les exigences de formalisation, les obligations de rémunération et les règles de déclaration applicables.

    Point de vigilance : la qualification du contrat dépend des conditions légales et de la réalité de la relation de travail. Le simple fait de qualifier un contrat d’« occasionnel » ne suffit pas à écarter les règles protectrices du droit du travail.

    5 – Le télétravail : une nouvelle étape dans la modernisation du droit du travail

    Le télétravail figure parmi les innovations marquantes du nouveau Code.
    Les articles 268 à 273 lui consacrent des dispositions spécifiques, alors que le Code de 1997 ne comportait pas de régime général aussi développé sur cette forme d’organisation du travail.
    Cette évolution répond aux transformations des méthodes de travail, notamment au développement des outils numériques et à la possibilité d’exécuter certaines tâches hors des locaux de l’entreprise.
    Quelles sont les conséquences pour les entreprises ?
    La mise en place du télétravail suppose de définir clairement les conditions dans lesquelles le travail est effectué à distance.
    Le service RH doit notamment examiner :

    – Les conditions de recours au télétravail ;
    – Les modalités d’organisation et de contrôle du travail ;
    – Les moyens matériels nécessaires ;
    – Les règles de communication avec le salarié ;
    – La protection des données et des informations de l’entreprise ;
    – Les questions de santé et de sécurité ;
    – Les modalités de suivi du temps de travail, lorsque cela est applicable.

    Le télétravail ne doit pas être considéré comme une simple autorisation informelle donnée à un salarié de travailler depuis son domicile.
    Il convient de formaliser les conditions applicables en tenant compte du Code, des textes d’application pertinents et des dispositions contractuelles.

    6 – La protection de la maternité : le congé de maternité porté à dix-huit semaines

    La protection de la maternité constitue une autre évolution majeure.

    L’article 277 du nouveau Code prévoit un congé de maternité de dix-huit semaines consécutives, dont douze semaines après l’accouchement.

    Une prolongation de trois semaines est prévue dans certaines situations, notamment en cas de maladie dûment constatée résultant de la grossesse ou des couches, de complications liées à l’accouchement, de grossesse multiple ou pour des causes intéressant la santé de l’enfant.
    Le texte prévoit également des garanties particulières :

    – Le congé ne peut constituer une cause de rupture du contrat ;
    – Le licenciement de la salariée pendant le congé de maternité est interdit ;
    – Tout licenciement prononcé pendant cette période est nul et de nul effet ;
    – L’employeur ne peut utiliser les services de la salariée pendant le congé ;
    – Les dispositions conventionnelles contraires à cet article sont nulles de plein droit.

    Ces garanties doivent être prises en compte dans la gestion des absences et dans les décisions concernant les salariées enceintes.
    Ce que le DRH doit vérifier
    Il est recommandé de mettre à jour :

    – Les procédures de déclaration et de traitement des congés de maternité ;
    – Les modèles de courriers RH ;
    – Les outils de suivi des absences ;
    – Les procédures de remplacement temporaire ;
    – Les informations communiquées aux managers.

    Le service RH doit également vérifier les règles applicables aux prestations de sécurité sociale pendant cette période.
    Le Code du travail fixe les garanties relevant de la relation professionnelle, tandis que le régime d’indemnisation doit être examiné à la lumière des textes applicables en matière de sécurité sociale.

    7 – Le licenciement économique : l'introduction du plan social

    Le nouveau Code prévoit un mécanisme spécifique de plan social qui peut constituer une alternative au licenciement pour motif économique.
    Les articles 130 à 133 organisent plusieurs aspects de ce dispositif.

    7.1. Dans quelles situations l'employeur peut-il envisager un plan social ?

    Selon l’article 130, en cas de difficultés économiques ou de réorganisation interne, l’employeur peut proposer un plan social afin d’éviter les licenciements économiques ou d’en limiter le nombre.

    Il doit alors négocier une convention avec les délégués du personnel pour déterminer les modalités de mise en œuvre du dispositif.
    La convention doit notamment préciser :

    – Les motifs du plan social ;
    – Le nombre d’emplois concernés ;
    – Les conditions que les travailleurs doivent remplir pour en bénéficier ;
    – Les modalités de présentation et d’examen des candidatures ;
    – Les critères de départage ;
    – Les modalités de suivi ;
    – La date de prise d’effet.

    Le plan social est donc un mécanisme qui suppose une organisation formalisée et une négociation avec les représentants du personnel.

    7.2. Quelles indemnités sont prévues ?

    L’article 132 prévoit que le travailleur concerné bénéficie notamment :

    – D’une indemnité équivalente à celle du préavis ;
    – D’une indemnité équivalente à celle du licenciement ;
    – D’une indemnité spéciale égale à un mois de salaire brut ;
    – D’une indemnité de plan social librement négociée.

    Des mesures d’accompagnement peuvent également être convenues avec les délégués du personnel, notamment des actions de formation, de reconversion ou d’aide à la réinsertion professionnelle.
    L’article 133 prévoit le dépôt du plan social auprès de l’inspection du travail et de la sécurité sociale compétente, aux fins d’enregistrement.

    7.3. Quel intérêt pour l'entreprise ?

    Le plan social offre un cadre permettant d’envisager des départs négociés dans un contexte économique difficile.
    Il ne doit toutefois pas être utilisé comme un moyen de contourner les règles légales de rupture du contrat de travail.
    Avant de recourir à ce mécanisme, l’employeur doit vérifier les conditions prévues par le nouveau Code, organiser les échanges avec les représentants du personnel et respecter les exigences de formalisation et de dépôt.

    8 – La santé et la sécurité au travail : un cadre réorganisé et renforcé

    Le nouveau Code consacre son titre XI à la santé et à la sécurité au travail, notamment dans les articles 301 à 342.
    Cette partie du texte s’inscrit dans une logique de prévention des risques professionnels et d’amélioration des conditions de travail.
    L’objectif n’est pas uniquement de traiter les accidents lorsqu’ils surviennent, mais également d’identifier les dangers et de mettre en place des mesures de prévention adaptées.
    Les actions à privilégier dans l’entreprise
    L’employeur doit examiner les dispositifs existants, notamment :

    – L’identification et l’évaluation des risques professionnels ;
    – La prévention des accidents du travail ;
    – L’information et la formation des travailleurs ;
    – La mise à disposition des équipements de protection appropriés ;
    – L’organisation des contrôles et du suivi des mesures de prévention ;
    – Le fonctionnement des structures internes de santé et de sécurité, lorsqu’elles sont requises ;
    – La conservation des documents permettant de justifier les mesures prises.

    La conformité ne doit pas se limiter à la possession de documents. Les mesures de prévention doivent être adaptées aux risques réellement présents dans l’entreprise.
    Les entreprises industrielles, les établissements de production et les activités présentant des risques particuliers doivent accorder une attention spécifique à ces obligations.

    9 – Le dialogue social et le règlement des différends : une nouvelle approche

    La réforme entend renforcer le dialogue social et la négociation collective.
    Elle prévoit également des évolutions importantes dans les mécanismes de règlement des différends.
    Parmi les changements annoncés figurent la consécration de la médiation et la réinstauration de l’arbitrage comme modes de règlement des différends collectifs de travail.
    Le nouveau Code prévoit également la suppression de l’obligation de conciliation préalable devant les tribunaux du travail.
    Ces évolutions doivent être distinguées : les mécanismes de règlement des conflits collectifs ne se confondent pas avec les règles applicables aux litiges individuels entre un salarié et son employeur.
    Conséquences pratiques pour les entreprises
    Les DRH doivent renforcer les dispositifs internes de prévention des conflits et entretenir un dialogue régulier avec les représentants du personnel.
    Cela implique notamment :

    – D’identifier les difficultés avant qu’elles ne deviennent des conflits collectifs ;
    – De documenter les échanges avec les représentants du personnel ;
    – De respecter les procédures de négociation applicables ;
    – D’examiner les possibilités de règlement amiable ;
    – De déterminer, pour chaque différend, le mécanisme légalement applicable.

    La médiation et l’arbitrage ne doivent pas être présentés comme des procédures interchangeables : leurs conditions de mise en œuvre et leurs effets doivent être appréciés au regard des dispositions précises du nouveau Code.

    10 – Quelles mesures les entreprises doivent-elles prendre pour se conformer au nouveau Code ?

    L’entrée en application d’un nouveau Code du travail constitue une occasion de réexaminer les pratiques de gestion du personnel.
    La mise en conformité doit être organisée par étapes.

    Étape 1 : réaliser un audit de conformité sociale

    L’entreprise doit identifier les procédures qui pourraient être affectées par la réforme.
    L’audit peut notamment porter sur :

    – Les contrats de travail et les avenants ;
    – Les procédures de renouvellement des CDD ;
    – Les modèles de contrats utilisés pour les besoins temporaires ;
    – Les règles de gestion des congés de maternité ;
    – Les procédures de licenciement économique ;
    – Les dispositifs de prévention du harcèlement ;
    – Les outils de surveillance et de collecte des données ;
    – Les procédures de santé et de sécurité au travail ;
    – Les pratiques de dialogue social.

    Étape 2 : mettre à jour les documents RH

    Les documents internes doivent être examinés au regard des nouvelles dispositions.
    Il peut s’agir notamment :

    – Des modèles de contrats ;
    – Des courriers relatifs à la gestion du personnel ;
    – Des procédures disciplinaires ;
    – Des procédures de gestion des absences ;
    – Des notes de service ;
    – Des politiques de télétravail ;
    – Des procédures de signalement des violences et du harcèlement ;
    – Des documents de prévention des risques professionnels.

    La mise à jour doit tenir compte des textes d’application et des dispositions conventionnelles pertinentes.

    Étape 3 : informer et former les responsables concernés

    Les changements juridiques doivent être expliqués aux personnes chargées de les appliquer.
    Une formation ciblée peut être organisée pour les responsables RH, les managers, les responsables juridiques, les responsables HSE et les dirigeants.
    L’objectif est de limiter les erreurs d’interprétation et d’assurer une application cohérente des règles au sein de l’entreprise.

    Étape 4 : examiner les conventions collectives et accords applicables

    Le Code du travail ne constitue pas l’unique source des obligations sociales de l’entreprise.
    Les conventions collectives, accords collectifs et textes réglementaires doivent également être pris en compte.
    Le nouveau Code comporte des dispositions transitoires et finales. Son article 460 prévoit notamment le maintien des conventions collectives antérieures dans la mesure où elles ne sont pas contraires au Code.
    L’entreprise doit donc vérifier la compatibilité des dispositions conventionnelles qu’elle applique avec le nouveau cadre légal.

    Étape 5 : organiser une veille juridique

    La réforme peut nécessiter des textes d’application, des précisions administratives ou des interprétations jurisprudentielles.
    L’entreprise doit donc prévoir une veille permettant d’identifier les textes complémentaires et les évolutions susceptibles d’affecter ses pratiques.

    11 – Ce qu'il faut retenir

    ➡️ Le nouveau Code du travail sénégalais résulte de la loi n° 2026-18 du 3 septembre 2026, qui remplace la loi n° 97-17 du 1er décembre 1997.
    ➡️ La réforme ne se limite pas à une renumérotation des articles : elle modernise plusieurs domaines du droit du travail, notamment le télétravail, la protection des personnes, les contrats temporaires et le règlement des différends.
    ➡️ Les articles 23 et 24 méritent une attention particulière pour les entreprises utilisant des dispositifs numériques de surveillance et de traitement des données des salariés.
    ➡️ Les articles 100 et 101 doivent être examinés pour sécuriser les pratiques de recrutement et de renouvellement des CDD.
    ➡️ L’article 277 prévoit un congé de maternité de dix-huit semaines consécutives, sous réserve des conditions et modalités prévues par le texte.
    ➡️ Les articles 130 à 133 encadrent le plan social, qui peut constituer une alternative aux licenciements économiques dans les conditions prévues par la loi.
    ➡️ Les articles 301 à 342 constituent une référence importante pour l’organisation de la prévention des risques professionnels.
    ➡️ Les entreprises doivent réexaminer leurs documents RH, leurs pratiques de gestion du personnel, leurs procédures de prévention et leurs relations avec les représentants du personnel.
    ➡️ Enfin, la mise en conformité doit tenir compte non seulement du Code du travail, mais également des textes réglementaires, des conventions collectives et des autres règles applicables.

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